Chaque deux mois, retrouvez une interview complète de l’un des adhérents de Jazz sur la Ville !
Le Charlie Jazz Festival est né à la fin des années 1990 à Vitrolles, porté par l’association Charlie Free. À l’origine, l’association développe déjà une saison de concerts au Moulin à Jazz, et l’idée s’impose naturellement de créer un temps fort en extérieur, dans un lieu exceptionnel où se situe le club : le Domaine de Fontblanche.
Le festival s’est construit progressivement, par étapes successives, sans modèle figé. Il a connu plusieurs phases d’évolution, portées par la croissance du projet artistique et du public, passant d’un événement local à un festival aujourd’hui reconnu bien au-delà de la région Sud et rayonnant à l’échelle nationale, tout en conservant son identité : un festival à taille humaine, exigeant artistiquement, rassembleur et profondément ancré dans son territoire. Nous célébrons cette année sa 28e édition.
Quelle place occupe aujourd’hui le festival dans le projet global de Charlie Free ?
Difficile de résumer près de trente ans de festival.
Certains moments ont marqué des tournants importants, comme en 2013 avec la création du Mediterranean Charlie Orchestra, projet labellisé dans le cadre de Marseille Provence Capitale Européenne de la Culture. Ce projet, mené avec l’Orchestre Jeunes Méditerranée et la compagnie Nine Spirit dirigée par Raphaël Imbert, a rassemblé des élèves de conservatoires de tout le pourtour méditerranéen autour d’un répertoire original lié au prénom Charlie. Il a constitué un moment fort de coopération artistique et a donné un nouvel élan au festival.
Il y a aussi des rencontres devenues emblématiques : quand Joshua Redman découvre le trio Reis/Demuth/Wiltgen sur scène au festival, subjugué au point de les accompagner ensuite sur leurs tournées ! Ou encore la première venue de Brad Mehldau, souvent évoquée comme un concert exceptionnel resté dans les mémoires, un professionnel (il se reconnaîtra) avait d’ailleurs lancé avec humour qu’il y avait “le Köln Concert de Keith Jarrett, et maintenant le CJF de Mehldau”.
Plus sérieusement, à cela s’ajoutent des venues majeures qui ont marqué le public : l’Art Ensemble of Chicago, Pat Metheny, Carla Bley (concert resté mémorable), Marcus Miller, Michel Portal, Charles Lloyd ou encore Pharoah Sanders, dont le passage a profondément marqué le festival, ainsi que de nombreuses autres figures majeures du jazz national et international, accueillies sous les platanes du Domaine de Fontblanche.
Il y a aussi un fil important dans l’histoire du festival : celui des artistes présentés au public à un moment charnière de leur parcours, avant leur reconnaissance internationale. Sans chercher à en faire un “label de découverte”, le festival a régulièrement accueilli des musicien·nes devenus ensuite des figures majeures de la scène jazz : Émile Parisien, Vincent Peirani, Ambrose Akinmusire, Makaya McCraven, et bien d’autres.
C’est aussi ce qui fait la force du projet : proposer au public des artistes encore émergents ou en pleine ascension, et voir ensuite ces trajectoires s’ouvrir sur les grandes scènes internationales. Le public vient aussi et surtout au CJF pour découvrir, avec une vraie curiosité, cultivée au fil des années.
Charlie Free ne se résume pas au festival.
L’activité se déploie toute l’année avec une saison de concerts au Moulin à Jazz et hors les murs, un travail de résidences et d’accompagnement d’artistes, ainsi que des actions culturelles en direction des scolaires et des publics du territoire.
Cette saison permet de défendre une vision du jazz ouverte et contemporaine, attentive aux artistes émergents sans renier les grandes figures historiques de ces musiques.
Au fil des années, Charlie Free est devenu l’un des acteurs structurants du jazz en région Sud, reconnu à l’échelle nationale pour son travail de diffusion, de soutien à la création et d’accompagnement des artistes.
Le projet de Charlie Free s’inscrit dans le temps long, avec une logique de construction continue entre la saison et le festival, l’accompagnement des artistes et leur diffusion. Cette articulation permet de défendre un modèle où le festival n’est pas un événement isolé, mais l’expression d’un travail mené à l’année, au plus près des artistes et du territoire.
Vous êtes impliqués dans plusieurs réseaux et collectifs professionnels : qu’est-ce que cela implique ?
L’implication dans les réseaux professionnels est essentielle.
Elle permet de défendre collectivement le jazz et plus largement les musiques actuelles, de partager des expériences, de construire des projets communs et de mieux accompagner les artistes.
Cette dynamique se traduit à plusieurs niveaux : Jazz sur la Ville, pour renforcer la coopération jazz en région PACA ; l’association AJC au niveau national, au sein de laquelle nous participons activement aux réflexions du secteur ; le réseau PAM en région Sud sur la structuration des musiques actuelles ; ou encore le COFEES sur les enjeux d’éco-responsabilité.
Ces espaces sont indispensables pour penser ensemble les mutations du secteur culturel et maintenir une ambition artistique forte sur les territoires.
Quelles sont les perspectives pour les années à venir ?
L’enjeu principal est de consolider un projet artistique exigeant tout en garantissant sa soutenabilité.
Comme beaucoup de structures culturelles, nous faisons face à une hausse importante des coûts de production et à un contexte économique plus incertain. Dans ce cadre, il est essentiel de maintenir un niveau artistique élevé, de poursuivre le développement des actions à l’année, et de continuer à faire du Charlie Jazz Festival un rendez-vous incontournable, aussi bien pour les artistes que pour le public.
Plus largement, l’ambition reste la même : continuer à faire vivre un projet profondément ancré dans son territoire, ouvert sur le monde, et fidèle à une idée du jazz comme musique de circulation, de création et de rencontres.
Cette dynamique s’appuie aussi sur le Moulin à Jazz, lieu historique de l’association installé au Domaine de Fontblanche, où Charlie Free est implanté depuis plus de dix ans. C’est dans cet espace que s’est structuré et développé l’essentiel du projet artistique et culturel.
Le développement du projet met aujourd’hui en évidence un enjeu d’adéquation entre l’ambition artistique portée et l’outil qui la soutient. Le lieu, précieux par son histoire et son ancrage, atteint désormais ses limites au regard de l’activité déployée. Une évolution de cet outil, qu’il s’agisse d’adaptations ou d’un projet de lieu renouvelé, apparaît comme une condition nécessaire pour accompagner durablement la poursuite et le développement du projet.
Aurélien Pitavy, directeur de Charlie Free
Toute la programmation du Charlie Jazz Festival du 2 au 5 juillet 2026 est disponible ici !!
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